Les points clés à retenir
« Le rôle des observatoires dans l’étude des mutations et de leurs impacts s’est nettement renforcé depuis la loi Avenir professionnel de septembre 2018 », assure en introduction Jonathan Emsellem, directeur général d’Ocapiat. « Et la loi Climat et résilience d’août 2021 a confié aux Opco l’accompagnement des entreprises à l’adaptation à la transition écologique. »
Une première étude (lien vers l’étude) de 2021, présentée par le cabinet Katalyse, fournit des données structurantes sur les transitions dans le périmètre de la coopération agricole : 38 métiers présentent au moins une caractéristique SEET : Stratégique, en particulière Évolution, Émergents, en Tension.
Cinq familles de métiers fortement impactées
La seconde étude (voir plus bas Synthèses d’études), réalisée en 2024 et présentée lors de cette journée par les cabinets Ceresco et Quadrat-études, actualise et précise les constats, sur un périmètre plus large, incluant cette fois les industries alimentaires. Les transitions identifiées (numérique, alimentaire, énergétique, agroécologique, sociale) soulèvent de multiples défis et impactent fortement cinq familles de métiers. Le responsable de maintenance, le conseiller technique expert en agriculture, l’acheteur négociateur de matières premières ou encore le responsable RSE voient ainsi leurs compétences évoluer.
« De nombreux métiers de la production alimentaire sont également considérés comme prioritaires en raison des difficultés de recrutement et de leur poids dans le secteur », indique Cécile Debesse, vice-présidente d’ObservIA, lors de la première table ronde, « Tout comme les métiers du numérique, dont les effectifs sont faibles, mais qui sont critiques. » Au sein des coopératives agricoles, relève David Lecat, membre de l’Observatoire dédié à ce champ, « les enjeux de collecte auprès des exploitations et d’optimisation des chaînes d’approvisionnement font évoluer les métiers de la logistique ».
Des certifications à faire évoluer
Laurent Cormy, DRH de la coopérative Les paysans de Rougeline (200 producteurs, près de 3 000 emplois), témoigne également de « la nécessité de développer de nouvelles compétences, avec un projet de nouvelle certification à bac + 3 pour appréhender les spécificités de la culture sous serre ». Le ministère de l’Agriculture planche sur « la création d’un bachelor proposant 9 mentions dans le cadre du projet de loi d’orientation agricole », confirme Mathieu Booghs, chef du bureau apprentissage et formation professionnelle continue.
Découvrez le témoignage vidéo (lien) de Sylvia Touboulic-Barretau, directrice générale déléguée du groupe Monts Fournil-La Mie Câline (2 600 salariés, 239 magasins) 01:40 :00 – 01:45:34
Parallèlement, « France compétences sollicite chaque année depuis 2019 les branches professionnelles pour identifier les métiers émergents ou en particulière évolution et dresser une liste ad hoc », explique Anne de Blignières, membre du conseil scientifique de l’opérateur. « Ce qui a déjà permis de faire émerger 160 nouvelles certifications dans des délais réduits », complète Marine Grimoldi, chef du service instruction. Dont une certification liée au métier d’animateur-formateur en technologies agricoles.
Entre 15 000 et 25 000 créations nettes d’emplois d’ici à 2035
Pour mieux faire découvrir ces métiers aux contours redessinés par les transitions, « France Travail mise sur les immersions professionnelles et sur de nombreux événements, en lien avec les branches et les employeurs », expose Alexandra Sarrazin, chargée de développement des coopérations entreprises et fédérations. Et initie des démarches comme les Stades vers l’emploi pour élargir le vivier de recrutement. Avec désormais un nouvel atout : le site Nourris ton futur, initié par les branches de la Coopération agricole, des industries alimentaires et du commerce agricole et présenté à cette occasion.
Quelles pourraient être, en volume, les conséquences des transitions sur l’emploi d’ici à 2035 ? Entre 15 000 et 25 000 créations nettes, répondent les auteurs de l’étude de 2024, qui ont décliné des projections par branche à partir de 3 scenarii, dont un lié à la sécurité alimentaire. « Les branches ont déjà commencé à faire évoluer l’offre de formation en conséquence, notamment à travers les CQP technicien-conseil aux agriculteurs et conducteur de ligne », explique Corinne Lelong, présidente de l’Observatoire de la Coopération agricole, au cours de la seconde table ronde.
Découvrez le témoignage vidéo (lien) de Nathalie Ricordeau, responsable RH et RSE de l’usine Boursin de Pacy-sur-Eure (135 salariés, une vingtaine d’intérimaires. 01:11:26 – 01:17:10
Des compétences transverses à renforcer
« L’étude met aussi l’accent sur la nécessité de renforcer certains compétences transverses », souligne Véronique Dournel, vice-présidente d’ObservIA, « comme la maîtrise des outils numériques, la gestion des données, le travail en transversalité ou encore la sensibilisation aux enjeux de RSE ». « Les administrateurs d’Ocapiat ont d’ailleurs approuvé le financement d’actions de formation en la matière, dans le cadre du plan de développement des compétences des entreprises de moins de 50 salariés », précise le DG adjoint de l’Opco, Michel Ferreira-Maia.
Découvrez le témoignage vidéo (lien) de Claire Marsal-Gueze, directrice RSE et communication de Nutrition & Santé (1 500 salariés) 01:31:09 – 01 :38 :30
« Le renforcement des compétences socio-comportementales des demandeurs d’emploi est un axe fort pour France Travail », abonde Catherine Beauvois, qui estime par ailleurs que la refonte du Rome 4.0, conduite avec les branches professionnelles, « permettra de se préparer efficacement aux transitions et de favoriser les passerelles professionnelles ».
Au total, pour mieux accompagner les structures du secteur agroalimentaire, l’étude met en avant sept préconisations, qui vont contribuer à nourrir les réflexions des acteurs de l’écosystème.